Tell Me A Lie (Rating M-)

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Tell Me A Lie (Rating M-)

Message  Sniezde (admin) le Mar 21 Aoû - 13:01

AUTEURS : Fabu Louis

Tell Me A Lie
Partie I




"Tu sautes, moi je saute pas vrai ?!"

Je sentis Louis se tortiller à mes côtés pour mieux se blottir entre mes bras. J'ai jamais trop compris comment il pouvait faire pour regarder ce film encore et encore, sans jamais se lasser. Certes, ce n'était pas un mauvais film, mais franchement on avait fait mieux. À vrai dire, j'attendais avec impatience que ce foutu bateau coule tout à fait et qu'on en ait fini avec toutes ces conneries. Franchement, croyait-il vraiment que ça s'était réellement passé de cette façon ? Je veux dire, l'amour est plus fort que tout, d'accord, mais quand tu tiens à ta peau, tu cours, voilà tout.

"C'est tellement triste..."

Et voilà, c'était reparti pour un tour. Des larmes coulaient sur ses joues et il avait l'air d'une parfaite adolescente, sa joue collée à mon torse. Sérieusement ? J'aurais cru qu'après le dixième visionnage, il se serait fait à l'idée que Jack mourait lamentablement. Moi, je m'y étais fait en tout cas. De toute façon, je n'arrivais pas à me concentrer, et ce n'étaient pas les sanglots de Rose DeWitt Bukater qui m'aideraient à passer outre mes angoisses. Il fallait que je lui dise. Je m'étais réveillé avec la certitude que je ne pourrais pas passer une journée de plus en gardant cette culpabilité enfermée en moi. Mais je ne trouvais pas les mots. Je retournais inlassablement des formulations creuses dans mon esprit, sans jamais trouver la façon idéale de le dire. La façon idéale... La bonne blague. Et lui qui n'avait même pas la moindre idée de ce qui allait bientôt lui tomber dessus.

"Je t'ai trompé, Louis. C'était rien pour moi. Je veux qu'on reste ensemble."

Ça n'avait été qu'un murmure, mais il m'avait entendu, j'en étais sûr. Il s'était raidi contre moi et un frisson parcourut mon échine. Putain, je l'avais dit. Et ce ne fut pas ce à quoi je m'attendais. J'avais cru que je me sentirais soulagé, soudainement libéré du poids qui pesait sur mon estomac depuis bientôt deux semaines. Mais ce fut pire encore. Je venais à peine de réaliser qu'il n'y avait pas seulement l'avant, et le pendant. Il y avait aussi l'après, et c'était le pire. La bombe était lâchée, et il ne me restait plus qu'à espérer pouvoir disparaître quelque part pour ne pas avoir à subir la tempête. Louis se dégagea de mon étreinte et se redressa sur le canapé. Lorsqu'il se leva et quitta le salon d'une démarche mécanique, j'hésitai entre le suivre et rester assis là, comme un con. Le mieux était probablement la deuxième solution. De toute façon, c'était bien ce que j'étais. Il ne mit pas longtemps à reparaître, et se planta dans l'embrasure de la porte, appuyé contre le chambranle.

"T'es sérieux là ?"

Que pouvais-je bien lui répondre ? Faire cet aveu m'avait déjà paru surhumain, et l'idée de devoir appuyer cette déclaration me rendait malade. Je hochai la tête, incapable d'émettre le moindre son.

"Harry, réponds.
- J'ai déjà répondu.
- Dis-le encore.
- A quoi ça servirait ?
- Dis-le encore, j'te dis.
- Je t'ai tr–"

Sa main claqua sur ma joue, et j'en fut presque sonné. Pas à cause de la violence du coup, mais par le geste lui-même. Je levai mon visage vers lui et lus dans son regard toute la déception et la peur qu'il ressentait à cet instant. Je peinais à soutenir son regard, et baissai les yeux.

"C'était qui ?
- Personne.
- Personne ?! Tu m'as trompé avec personne ? Ce serait une première !
- Non, c'est juste que... enfin, tu le connais pas, ça n'a pas d'importance.
- Ça n'a pas d'importance ?
- Tu sais très bien ce que j'ai voulu dire.
- Tu te fous de moi ? Rappelle-moi, ça fait combien de temps qu'on est ensemble déjà ?
- Quatre ans. Ça fait quatre ans qu'on est ensemble, et je sais à quel point j'ai été con, j'en ai conscience, d'accord ?
- Je rêve là. Dis moi que je rêve.
- Louis, je suis désolé... Je sais pas ce qui m'a pris, j'ai pété les plombs, j'ai juste fais la pire erreur de ma vie.
- Va te faire foutre, Harry.
- Mais écoute-moi...
- Parce que tu vas essayer de te justifier en plus ?
- C'est pas ça, je veux juste que tu saches à quel point je m'en veux.
- Tu n'as pas tellement l'air désolé.
- Il faut que tu me croies... j'ai cherché le meilleur moyen de te le dire...
- Ferme ta gueule, sérieusement ferme ta gueule Harry. Je veux pas entendre ce que tu as à me dire. Je sais même pas pourquoi tu te fatigues à essayer de m'expliquer quoi que ce soit. Tu as baiser quelqu'un d'autre. Est-ce que tu réalises que c'est terminé ?"

Sa colère me clouait sur place. Tout ce qu'il disait, c'était vrai. J'en avais baisé un autre. Je l'avais trahi. J'avais mis en péril ce qui nous liait, ce qui m'étais le plus cher... Ce qui aurait dû m'être le plus cher. Il se détourna et je saisis son poignet, sans savoir ce que je ferais après. Je ne voulais pas que ça se finisse comme ça. Pas si vite, sans même avoir discuté, sans que je n'ai pu m'expliquer. Il se dégagea violemment, me criant de ne pas le toucher.

"Louis, attends, écoute-moi...
- Vas-y, Harry, vide ton sac, je comprends tu dois tellement souffrir là tout de suite !
- Arrête de croire que j'essaie de retourner la situation, je veux juste éviter qu'on prenne une décision sans y réfléchir.
- Et toi tu as réfléchi peut-être avant de coucher avec ce mec ?!
- Non j'ai pas réfléchi et c'est bien pour ça que je te demande de t'asseoir et qu'on discute de tout ça.
- Très bien."

Il attrapa une chaise et se planta devant moi, les bras croisés sur la poitrine. Son regard était dur et me transperçait comme une lame chauffée à blanc.

"Je t'écoute.
- ...
- Tu voulais en parler, vas-y.
- Louis...
- Mais vas-y putain, explique moi ce qui t'as poussé à me faire un truc pareil !
- J'avais juste besoin de...
- Alors c'est ça, je te donne pas assez.
- C'est pas ce que j'ai dis, j'ai juste vu ce mec là, j'ai cru que... J'en ai eu envie c'est tout.
- Mais c'est exactement ça, le problème, Harry. Tu as eu envie de quelqu'un d'autre que moi.
- T'étais devenu si distant ces derniers temps. Et j'ai senti que je plaisais. C'est allé trop loin, j'en ai conscience.
- T'as aimé ça ?
- Commence pas avec ça.
- Réponds-moi.
- Qu'est-ce que ça va t'apporter de le savoir ?
- Réponds à ma putain de question Harry !
- J'ai aimé la spontanéité.
- Va te faire foutre."




La rue est bondée et je n'imagine même pas ce que ce sera une fois à l'intérieur de la boîte. On m'a déjà bousculé une bonne demi douzaine de fois, et je commence très sérieusement à en avoir marre. Je n'avais aucune envie de venir, mais Louis a tellement insisté que j'ai fini par céder. Comme toujours. Il est là, accroché à mon bras, à rire à tout ce qu'on peut lui dire. Moi, il ne m'écoute pas. Je n'arrive pas à m'y faire. Il me tire avec autorité vers l'entrée du club et on s'engouffre ensemble dans la salle pleine à craquer. Et c'est exactement ce à quoi je m'attendais. Une chaleur étouffante me prend à la gorge, et déjà des gouttes de transpiration apparaissent sur mon front. Je déteste ça. Je ne comprends pas ce besoin de se coller à des corps suants et inconnus pour danser jusqu'au petit matin. J'aurais aimé pouvoir profiter de Louis ce soir, passer un moment juste lui et moi... Au lieu de ça, je dois faire tous les efforts du monde pour ne pas me faire écraser les pieds par des pouffiasses en talons aiguilles. Déjà, Louis et les garçons ont pris le chemin de la piste de danse, et je reste là comme un con. Une immonde blonde vient s'accrocher à mon cou et tente de balbutier quelque chose contre mon oreille. Comme je ne comprends rien, je me contente de hocher la tête d'un air entendu en la repoussant doucement. C'est ça, va donc draguer un autre mec qui saura apprécier tes charmes. Et de ton âge, de préférence. Elle éclate de rire et repart en roulant des hanches. Vision divine. Je cherche un endroit où m'installer quand Louis m'attrape par le bras et m'attire contre lui. Il hurle dans mon oreille, me demandant ce que je fabrique. Je réponds que je n'ai pas envie de danser. J'ai envie de poursuivre et de faire valoir le fait que de toute façon, je n'avais aucune envie d'être là ce soir. Mais la musique est trop forte et je renonce. Il se colle contre moi et ondule du bassin. Désolé, joli môme, mais il m'en faudra plus ce soir. Je regrette de ne pas pouvoir l'emporter avec moi et de jouer les déserteurs. Tant pis. Je me contenterai d'aller m'asseoir dans mon coin. Louis me lance un regard plein de reproches, avant de hausser les épaules et de rejoindre les autres. Visiblement, il n'est pas très ému à l'idée de me laisser seul ici. Bon. Je commande une première vodka, puis deux, puis trois. Et puis, j'ai arrêté de compter. Les garçons ont fini par venir me retrouver, hilares. Louis se laisse tomber sur la banquette à mes côtés, et s'empare de mon verre. Il l'avale d'une traite en faisant la grimace. Je fais signe à la serveuse d'en apporter deux autres. Que les garçons se débrouillent, je me limiterai à saouler ma moitié. Peut-être qu'après ça, il acceptera enfin de m'écouter et de me suivre chez nous. Son incapacité à tenir l'alcool jouera en mon avantage. Deux verres et le tour sera joué.

J'ai eu tort. Il est complètement saoul et m'écoute encore moins. Il s'est enfilé les deux verres et j'ai dû réitérer ma commande, privé du mien. Il avait trop chaud, m'a-t-il dit. Au début, il se collait à moi quand il avait trop bu. Maintenant, c'est un peu à tout le monde, et ce soir, c'est Zayn qui profite de ses bras. D'accord. En quatre ans de relation, j'ai appris à fermer les yeux sur beaucoup de choses, mais la jalousie est encore mon pire vice. Louis n'est pas infidèle. Il est bon vivant, voilà tout. Simplement, je ne le supporte pas. Peut-être n'est-ce qu'un excès d'orgueil. L'ennui, c'est que Zayn a lui aussi appris à ignorer mes regards noirs et semble avoir oublié que Louis et moi formons un couple. Il rit avec lui et passe ses doigts dans ses cheveux. Putain, ce devrait être moi, à sa place. Allez-y, vous n'avez qu'à vous rouler une pelle, on gagnera du temps. Quand je leur fais remarquer leur comportement, on me répond d'un éclat de rire. Ça va, Harry, tout va bien, détends-toi. C'est ça, marrez-vous, bande de cons, moi je me tire. Joignant le geste à la parole, j'attrape le verre de Zayn et le vide, ignorant ses protestations. Bien fait. Quelques secondes plus tard, j'avais disparu dans la foule sans avoir la moindre idée d'où j'allais me rendre. J'avais fini par décider que j'avais besoin d'air et je suis allé me réfugier dans le pseudo coin fumeur de la boîte. Pour me donner une contenance, j'avais attrapé le paquet de Mayfair qui dépassait de la poche arrière du jean d'un beauf. Tu n'avais qu'à faire attention. Le mec n'avait rien remarqué et je m'installais tranquillement, ma clope au bec sur l'un des fauteuils cheap recouvert de skye rose. Bonheur. Ces clopes sont les plus dégueulasse qu'il m'ait jamais été donné de fumer. Sans compter que je déteste le tabac. Et puis, il est arrivé. Il s'est assis avec ses amis autour de la table en face de moi et je n'ai pas pu tout de suite détacher mes yeux de lui. J'aurais voulu détourner le regard, faire comme si ce n'était qu'un type de plus dans mon champ de vision. Mais ce n'était pas le cas. Quelque chose chez lui m'obsédait déjà, sans que j'arrive à mettre le doigt dessus.




"Harry ! Putain tu ne m'écoutes même pas. Je te déteste, tu m'entends ? Je te hais de m'avoir fait une chose pareille ! J'en reviens pas, comment tu as pu me faire ça à moi ?
- Mais tu crois vraiment que j'ai pensé à tout ça ? Tu crois que je l'ai fais pour te faire du mal ?
- Oui.
- ...
- ...
- Alors ça veut dire que tu as des choses à te reprocher.
- Moins que toi, il semblerait. J'ai toujours été fidèle Harry, toujours ! Et je te faisais une confiance aveugle ! Putain, qu'est-ce que je suis con ! Bien sûr que tu es comme tous les autres ! Dès qu'on ne tourne pas uniquement autour de vous, tout le temps, dès qu'on a le malheur de vouloir prendre l'air ne serait-ce que pour respirer un peu, c'est terminé, on vous perd, et vous allez enculer le premier qui passe.
- Tu deviens grossier là.
- Tu crois vraiment que j'en ai quelque chose à foutre ? Tu crois que je dois me sentir coupable de mettre des mots sur les choses ? Parce que c'est ce que tu as fait Harry, bienvenue dans le monde réel ! Comment tu pensais que ça allait se passer ? Hein ? Que tu allais m'annoncer ça comme ça, sur le ton de la conversation et que j'allais fermer les yeux ? Oh bien sûr, je serais un peu énervé au début, un peu déçu aussi, mais enfin, ça passerait, c'était comme tout. Mais tu te plantes mon pote, tu te plantes carrément !
- J'ai rien cru de tout ça.
- C'était quand ?
- Il y a quelques temps.
- Je me fous de ce genre de réponses, je veux quelque chose de clair. Du concret ! Tu peux au moins me donner ça non ?
- Quand tu étais chez tes parents.
- Tu l'as revu ?
- Non.
- C'était ici ?
- ...
- Où ?
- ...
- C'était où, réponds-moi !
- Dans... notre chambre."

Je saisis l'énormité de ce que je venais de dire. Le visage de Louis avait perdu toute sa couleur instantanément et j'ai cru qu'il allait s'évanouir. Il s'appuya contre mur, les yeux clos. Je réalisai alors qu'il n'avait pas encore pleuré.

"Mais c'est pas vrai... C'est pas vrai..."

Quelques secondes plus tard il était dans mes bras. Je n'avais pas pu m'en empêcher. Il sanglotait contre moi, agrippé désespérément à mes vêtements. Ses ongles s'enfonçaient dans ma peau à m'en faire presque mal et j'embrassais inlassablement ses cheveux. Ça ne dura qu'un instant. Déjà il me repoussait en hurlant. Les insultes fusèrent, il ne se contrôlait plus. Il en vînt même à me frapper, ses petits poings crispés de rage et de frustration ricochant sur mon torse. Il pleurait comme un enfant inconsolable à présent et je ne savais plus quoi faire. C'était moi qui avait provoqué tout ça, et mon cœur se brisa dans ma poitrine. Je voulus le serrer contre moi, tenter de lui demander pardon, mais je savais que tous les mots étaient inutiles. Pire, que si je disais quoi que ce soit ce serait encore plus dur. Il voulait que je disparaisse, il le hurlait maintenant, me disais de partir, qu'il allait s'en aller, qu'il ne voulait plus jamais me voir. Il me criait qu'il me détestait et la seconde qui suivait il était dans mes bras, murmurant qu'il m'aimait. Il écrasa sa bouche contre la mienne, ses mains tirant mes cheveux avec violence. Il avait mal, et il voulait me le rendre, même si ma douleur était infime comparée à la sienne. Je crois que je ne l'avais jamais vu aussi désemparé. Il m'embrassait comme pour la dernière fois. Et c'était probablement vrai, après tout... Il serra ma taille et se colla à moi, il m'obligea presque à le porter, et me demanda de l'emmener dans la chambre. Il voulait mettre de nous dans cette scène qu'il imaginait, conjurer le sort, remettre à leur place les évidences. Ce n'étaient plus des évidences. C'était lui et moi, séparés par la pire trahison possible. On devait se retrouver pour mieux s'abandonner. J'avais menti. Tout ça, je l'avais fait en espérant, tout au fond, qu'il accepte de redevenir ce qu'il avait été, au début. Et j'avais gagné. Je n'avais juste pas réalisé que j'allais le perdre ensuite.

Il arracha ma chemise, dégrafa mon pantalon, ne me laissant pas le temps de réagir. Tout se passa si vite. Je n'osais même pas gémir sous sa langue, je me sentais si honteux. Il semblait vouloir prouver quelque chose, et j'en étais malade. Mais j'aimais ce qu'il me faisait, j'avais toujours aimé ça. Quoi qu'il pu croire, je n'avais jamais retrouvé ces sensations ailleurs. Mais les habitudes avaient peu à peu gagné nos étreintes, elles les avaient parasitées, les avaient rendues monotones, parfois presque anodines. On s'était perdus. J'ai essayé de le repousser pour ne pas jouir, mais il ne bougea pas. Il n'eut aucun geste de dégoût. Il connaissait tout de moi. Tout. Il essuya sa bouche du revers de sa main et ouvrit son pantalon. Il ne me laissait pas faire. Il voulait tout contrôler. Je n'avais plus aucun droit sur lui, sur son corps, sur son esprit. J'avais presque le sentiment d'être utilisé, mais je l'avais bien cherché. Il allait se servir de moi comme je m'étais servi d'un autre pour l'atteindre.




Je tire frénétiquement sur ma cigarette dégueulasse, l'écrase et en rallume aussitôt une autre. Merde. Il n'arrête pas de me regarder, et sans même m'en rendre compte, je suis exactement dans le même cas. Il me fait de l'effet, ce petit con. J'aimerais que Louis débarque, me prenne par la main et me dise qu'il est désolé, qu'on va rentrer maintenant, qu'on n'aurait pas dû venir ce soir. Mais il reste désespérément absent et l'autre est toujours là, sa clope coincée entre les lèvres, ses cheveux blonds tombant devant ses yeux. Il est beau, ce mec. Ouais. Je pensais être aveugle aux charmes des autres, mais voilà que ça me frappe en pleine figure. Je réalise que je ne suis pas indifférent, et ça fait mal. Ses amis se lèvent et il secoue la tête. Ils le plantent là, et je me rallume une énième cigarette. Ma gorge pique, mes yeux piquent, mais je m'en fous. Je suis bien, et en même temps incroyablement mal à l'aise. Il se lève, s'installe à côté de moi. Il a des airs de gamin, un visage très pâle, des yeux très sombres. Ses lèvres fines crachent la fumée de sa blonde droit devant lui. Il me fixe, un sourire ironique collé sur la face. Il attrape la boite de d'allumettes flanquée du nom de la boîte et la fait tourner entre ses doigts. Je le regarde faire sans trop savoir comment réagir. Ses bras sont étendus sur la table, ses épaules relâchées. Il m'observe à travers le voile de fumée. Il n'a pas froid aux yeux. Il a l'air de s'amuser de la situation, de mon air gêné et de son absence pure et simple de pudeur. J'attends qu'il prenne la parole, et me jure de ne pas desserrer mes lèvres tant qu'il ne l'aura pas fait. Il a dû lire dans mes pensées.

"Adam."

Classique. Ce manque d'originalité, totalement indépendant de sa volonté, me fait sourire. Il avait l'air si mystérieux, si différent, et puis... Adam.

"Harry. Mais je pense que tu le sais déjà."

Je ne suis pas prétentieux, j'ai juste conscience de ma valeur. Et puis ça ne peut pas lui faire de mal, pas vrai ?

"Ouais, je sais. Ça va ?
- Euh, oui, ça va.
- Cool. Tu fais quoi ici ?
- Je m'ennuie.
- Plus maintenant que je suis arrivé...
- Je sais pas. D'après toi ?
- À la façon dont tu me regardes, je dirais que non.
- T'es bien sûr de toi.
- C'est pas tous les jours qu'on se fait reluquer par Harry Styles. Quand ça arrive c'est aussi bien d'en avoir conscience.
- Quand on s'ennuie, on finit par faire des trucs cons.
- Genre venir en boîte avec ton mec qui s'en fout ?
- Bien informé on dirait. T'es quoi, paparazzi ? Tu m'as suivi dans toute la boîte ?
- J'ai jamais dis que je m'ennuyais, moi...
- C'est vrai. Un point pour toi. Il va t'en falloir encore un certain nombre, je préfère autant te prévenir tout de suite.
- Un certain nombre pour quoi ?
- Pour..."

Le connard. Il m'a bien eu. Qu'est ce que je pourrais bien répondre à ça, maintenant ? Et d'ailleurs, qu'est ce que je suis en train de faire, là ? Draguer un autre mec, alors que Louis est à moins de cent mètres d'ici ? Non. Je me fais draguer. Voilà. Il me fait du rentre-dedans, et je ne le repousse pas parce que je suis trop bien élevé pour ça. Pff... N'importe quoi.

"T'as perdu ta langue ? Tu veux que je t'aide à la retrouver ?
- T'es du genre subtil, toi.
- J'ai appris à user de ma subtilité avec parcimonie, quand ça me paraît vraiment utile.
- Aimable.
- Je pense simplement qu'on a déjà passé ce cap.
- Les choses vont vite, avec toi. Je devrais me méfier.
- Ne me dis pas que ça ne te plait pas, ce serait mentir."

Et il a raison, bien sûr. J'aime cette façon effrontée de balancer les choses sans aucune retenue. J'ai de nouveau la sensation de plaire. J'avais oublié à quel point c'était agréable. Mais qu'est ce que je raconte ? Je dois partir, ramener Louis à la maison pour nous enfermer dans notre chambre, retrouver la chaleur de notre lit et la douceur de sa peau. J'aime Louis. Je lui en veux, c'est tout, mais ce n'est pas une raison pour tout gâcher sur un simple coup de tête. Je me lève, et quitte Adam sans un regard. Je déteste l'idée qu'il puisse avoir raison et préfère couper court, avant d'être piégé dans une situation désagréable. Je cherche Louis et finis par l'apercevoir sur la piste de danse, complètement survolté. Ses cheveux trempés de sueur battent ses tempes au rythme des ondulations de son bassin. Je ne compte plus les hommes qui l'entourent. Je me précipite au milieu de la foule et le tire sans ménagement. Il ouvre les yeux et me sourit comme si de rien n'était. Mais regarde-toi, Louis, à quoi ça rime tout ça ?

"Harry ! T'étais où ? Viens danser avec moi !
- J'ai pas envie, Louis, putain ! Viens, on rentre, s'il te plait !
- Oh, sois pas chiant, merde... Je m'amuse, moi ! Profite !
- Je profiterai pas, t'as pas compris encore ? Allez, s'il te plait, rentre avec moi.
- Rentre si t'as envie, moi je bouge pas d'ici !"

Il se détourne et attrape Zayn par la taille pour se replonger dans la musique. Il m'a déjà oublié. Je reste là quelques secondes, interdit, à les regarder danser. Zayn est collé au dos de Louis, ses mains sur ses hanches. J'aimerais que Perrie voit ça, ça lui apprendrait à ce connard. Si j'avais le malheur ne serait-ce que de poser une main sur sa cuisse, Zayn aurait vite fait de me l'arracher à coup de dents. Pour qui me prend-t-il ? Pour qui se prend-t-il ?! Visiblement je n'arriverai pas à obtenir ce que je veux de Louis ce soir. Même Zayn semble mieux parti que moi pour partager son lit ce soir. Très bien, après tout je n'ai pas besoin d'eux, je suis un grand garçon. Je reprends le chemin du coin fumeur. Adam est toujours là, il n'a pas bougé et le sourire qui s'étire sur ses lèvres quand il m'aperçoit m'électrise. Très bien Louis, tu veux jouer à ça ? Moi aussi je peux avoir des mecs accrochés à moi. Moi aussi, j'en excite, tu vois. En quelques enjambées, je le rejoins et me laisse tomber à côté de lui. J'ai envie de l'embrasser, là tout de suite, maintenant. J'attrape son paquet de cigarettes presque vite et extirpe un stylo de ma poche. Je griffonne mon numéro à l'intérieur et lui tend sans un mot. Il l'empoche avec un sourire entendu.

"Si tu tiens toujours à m'aider à retrouver ma langue dans les moments de doute."

Maintenant quoi, Harry ? Je suis totalement incapable de détacher mon regard de ses lèvres. Elles enserrent sa cigarette avec tant de sensualité que s'en est presque insupportable. Lorsque j'entends la voix de Louis à quelques mètres, le charme est rompu. Je sors de ma rêverie et réintègre le monde réel avec difficultés. Il se penche vers moi et murmure des excuses à mon oreille. Adam nous regarde, toujours avec ce sourire ironique. À cet instant, je le hais de juger Louis. Je sais pertinemment ce qu'il pense et ça me rend fou. Pourtant, c'est bien fait pour lui. Oui ce soir, Adam a plus d'importance à mes yeux, ne serait-ce que pour un instant. Mais Louis m'enlace et me dis qu'il est d'accord, qu'on peut rentrer, et colle sa joue trempée de sueur à la mienne.

"J'avais pas réalisé que ça te faisait autant chier, je suis désolé.
- C'est rien, viens on y va.
- Tu nous présentes pas ?
- A qui ? Je sais pas qui c'est ce type. Viens on s'en va."

Louis n'insiste pas et me laisse l'entraîner hors du club. J'attrape un taxi et m'y engouffre à toute vitesse en le tirant derrière moi. Je fuis quelque chose, sans trop savoir quoi. Je sens mon téléphone vibrer contre ma cuisse et je frissonne. Non, pas déjà. Il est totalement fou. J'étouffe le bruit en serrant mon jean. Louis n'a rien remarqué. Il laisse aller sa tête contre mon épaule et ferme les yeux. Je vais m'empresser d'oublier cette soirée, l'une des pires de ma vie. Je ne rappellerai pas Adam, jamais. Pourtant, j'ai la sensation que mon portable me démange. Je voudrais le sortir et juste jeter un coup d'œil, rien du tout, juste pour voir. Non. Non Harry. Ne sois pas plus idiot que tu ne l'a été ce soir. On arrive chez nous, on monte jusqu'à notre chambre et Louis se rend dans la salle de bain alors que je m'affale sur le lit. Et il ne m'en a pas fallu plus. Quelques minutes de solitude. J'attrape mon portable avec empressement et lis le message d'Adam.

"J'aurais voulu que tu m'embrasses, en partant. Bonne nuit, Harry Styles."

J'enregistre son numéro en hâte et fait disparaître le message. Mes mains tremblent et déjà la culpabilité me ronge. Pourtant, j'ai un sourire idiot sur le visage et la sensation de n'avoir jamais rien reçu d'aussi excitant. Louis revient dans la chambre et se laisse tomber à côté de moi, complétement nu. Il se blottit dans mes bras en toute innocence. Que je n'espère surtout pas qu'on fasse l'amour, il a bien trop dansé et tout ce qu'il veut maintenant c'est dormir. Dommage, Louis, j'en avais pourtant bien besoin, ce soir...




Rien de bon ne ressortit de nos ébats. Il ne jouit pas, malgré mes efforts. Je me sentais comme un puceau qui ne sait pas comment s'y prendre. Ce fut encore pire d'affronter son regard, après ça. On passa la nuit à discuter. Il me posa tout un tas de questions dont la moitié faisaient de moi la pire personne qui soit. Est-ce que j'avais bu ce soir là ? Non. Est-ce que c'était moi qui lui avait proposé de venir ? Oui. Combien de fois était-ce arrivé ? Deux. À chaque réponse, il semblait de plus en plus pâle. J'aurais dû lui mentir, raconter n'importe quoi, pour éviter de le faire souffrir encore plus. Mais il me connaissait trop bien, et maintenant qu'il était au courant, il ne laisserait plus passer aucun mensonge. Il s'en voulait d'avoir été aussi naïf, d'avoir laissé faire les choses sans même avoir le moindre soupçon. C'était humiliant, et surtout, ça faisait de moi une personne détestable à ses yeux.

"Est-ce qu'il est beau ?
- Il a une beauté vulgaire.
- Et c'est ça qui te plait, Harry, les beautés vulgaires ?
- Non, c'est juste facile.
- Parce qu'avec moi c'est compliqué ?
- Oui, Louis, avec toi c'est compliqué...
- Je te demande pardon ?
- Mais tu sais très bien de quoi je veux parler. On n'arrive plus à se voir, on s'engueule tellement souvent que j'en viens à noter les moments où tout se passe bien.
- C'est ta meilleure excuse ?
- Ça n'est pas une excuse, j'essaie simplement de te dire ce que je pense. Je sais que je suis le fautif, dans l'histoire, mais je te dis seulement ce que je ressens.
- Tu sais, Harry, je suis dans la même situation que toi, je suis dans la même relation que toi, mais moi je n'aurais jamais fait un truc pareil. Tous les couples ont des problèmes, il faut juste savoir se contrôler.
- Faut croire que je suis plus faible que toi.
- Qu'est-ce que je ne t'ai pas donné ? Qu'est-ce que j'ai raté, Hazz ?...
- Tout ce que tu as donné aux autres.
- Aux autres ? De qui tu parles là ?
- Tu sais très bien. Je parle de Zayn, de Josh, de Niall,...
- Arrête. Tu dis n'importe quoi.
- Je crois que tu t'es pas vu quand tu leur tombes dans les bras, quand tu ne m'écoutes plus et qu'il n'y en a plus que pour eux. Alors d'accord, ils ne sont pas un danger pour notre couple, c'est ce que tu me répondras, je le sais très bien mais est-ce que t'as au moins réalisé que tu me manquais ? Que même quand on passe du temps ensemble, j'ai beau insister, tu continue à m'ignorer.
- ...
- Je sais que maintenant que j'ai fait ça, tout ce que je peux te dire maintenant n'a plus aucune valeur, je sais que j'aurais dû le faire avant, mais j'avais trop peur que tu me répondes comme toutes les autres fois. Que tu me dises que c'est dans ma tête, que tout va bien, que je dois arrêter d'être parano. Mais je crois qu'il suffit pas de dire je t'aime pour que ce soit vrai.
Non visiblement non, ça te suffit pas, à toi. Tu sais, je suis désolé de te dire ça, mais c'est bel et bien dans ta tête que ça se passe. Alors, oui, tout ne va pas bien entre nous, mais je pensais pas que tu pourrais aller aussi loin. Je pensais que tu m'aimais.
- ...
- Tu réalises que je vais te quitter ?
- Oui.
- C'est tout l'effet que ça te fait ?
- Je ne vais pas te forcer à quoi que ce soit.
- C'est agréable de voir à quel point tu te bats pour nous.
- Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse Louis ? Que je te force à m'écouter ? Et puis d'ailleurs c'est ce que tu viens de faire et tu n'as pas changé d'avis.
- Tu pourrais au moins me donner l'impression de ne pas y être indifférent.
- Tu me connais bien peu pour dire des conneries pareilles. Tu crois que je me fout de toi et moi ? - T'es en train de me traiter comme un parfait étranger. On a passé quatre ans ensemble et tu insinues des choses insensées.
- J'ai effectivement le sentiment que je ne te connais plus, oui. Tu vas te mettre avec lui, maintenant ?
-Bah non.
- Je posais juste la question."

Il se leva et commença a rassembler ses affaires.

"Qu'est-ce que tu fais, Louis ?
- Je m'en vais.
- Où est-ce que tu vas aller ?
- Chez Zayn.
- Tu devrais rester ici. J'irai dormir sur le canapé si tu veux.
- C'est ça, comme si j'avais envie de passer la nuit dans cette chambre.
- Il est trop tard. Tu ne trouveras aucun taxi qui voudra aller chez Zayn.
- T'en fais pas pour moi, je trouverai bien une solution. De toute façon, c'est hors de question que je reste.
- Louis, sois raisonnable.
- Mais je suis raisonnable, Harry. On a dit ce qu'on avait à se dire, c'est terminé maintenant. Je viendrai chercher mes affaires plus tard, je vais avoir besoin d'un peu de temps pour me trouver un appartement. Tu peux rester ici, j'en veux plus, de cet endroit, ça pue la trahison."

Je le regardais faire. J'étais incapable de le retenir. Il attrapa son téléphone et composa le numéro de Zayn. Il lui dit qu'il arrivait et qu'il lui expliquerait plus tard. Il raccrocha et s'arrêta dans l'encadrement de la porte. Il se retourna et on resta comme ça quelques minutes, à se dévisager comme deux cons. Je ne l'avais jamais trouvé aussi beau. Dommage que ce soit le soir où il me quittait. Il tourna les talons sans dire un mot. J'avais envie de hurler. La porte claqua derrière lui. J'entendis ses pas dans l'escalier et les larmes coulèrent sans que je puisse m'en empêcher.
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Tell Me A Lie II (Rating M-)

Message  Sniezde (admin) le Mar 21 Aoû - 13:04

AUTEURS : Fabu Louis

Tell Me A Lie
Partie II


Je descends les escaliers à toute allure et ouvre la porte d'entrée.

"Louis dépêche toi, putain !
- ...
- Louis !
- Ça va lâche moi un peu, j'arrive !
- Ça fait un quart d'heure que tu me dis que t'arrive.
- Tu m'emmerdes Harry, ça te va comme réponse ?
- T'es aimable ce soir, j'adore !
- Ta gueule."

Encore une excellente soirée en perspective. Depuis quelques temps, on ne peut pas se parler sans s'agresser. Je ne supporte pas ses attitudes, ses retards, ses jurons, sa désinvolture. Lui, il déteste mes exigences et mes rappels à l'ordre. Le voilà enfin, et je ne peux pas m'empêcher de me dire que ça valait le coup d'attendre. Si seulement il ne faisait pas cette tête.

"Souris un peu. On va à une fête, c'est plutôt cool, non ?
- Je sourirais plus si tu arrêtais de me taper sur le système.
- Je suis bien obligé, tu mets toujours une demi heure de plus que moi et on arrive toujours en retard à cause de toi.
- Comme tu l'as si bien fait remarquer, c'est une fête, alors on s'en fout de l'heure à laquelle on arrive, pauvre con.
- C'est ça."

J'attrape son poignet et le traîne hors de la maison, indifférent à ses protestations. Je claque la porte et hèle un taxi. Voilà, on est partis, c'était pourtant pas si compliqué. La soirée bat déjà son plein quand Josh nous ouvre, tout sourire. Je grommelle des excuses dont Louis se fout royalement. Il a déjà déposé un baiser au coin des lèvres de Josh et fait le tour des invités, un sourire mondain sur le visage. Louis Tomlinson dans toute sa splendeur. Faussement jovial, aguicheur juste ce qu'il faut, et exubérant. Il connait tous les prénoms, sait les dernières rumeurs et trouve toujours le compliment à faire ou le sujet à aborder. J'aimais ça, avant. Quand il gardait ma main serrée dans la sienne, et que je faisais partie des fiertés qu'il exhibait. Il a perdu cette habitude de me mettre au même niveau que lui. Maintenant, je me contente de passer après, de serrer les mains et embrasser les joues en rappelant que oui, je suis toujours le copain de Louis. Je suis mauvaise langue. Toutes les soirées ne se déroulent pas de cette façon. Parfois, il lui arrive encore d'aimer s'accrocher à mon bras et de me laisser diriger la danse. Ce soir, il est simplement énervé, et moi aussi, ça tombe bien. Je me sers mon premier verre de la soirée et m'installe aux côtés de Niall dans le canapé. Louis s'active à aider Josh, les bras chargés de bouteilles. Il me lance un regard noir.

"Ce serait trop te demander de nous aider ?
- Ça va, vous avez l'air de vous en sortir non ?
- Mais oui, Louis, laisse le se détendre.
- Ça va, il a le temps de se détendre à la maison, pas vrai ?
- Mais ça va là ! Pourquoi tu me dis ça à moi, personne d'autre n'aide, là, alors fous moi la paix."

Ce qu'il m'énerve, c'est incroyable. En plus, je sais qu'il ne fait ça que pour me pousser à bout. Il plisse les yeux d'agacement et va s'installer sur les genoux de Zayn. C'est quoi cette nouvelle lubie ? Zayn semble gêné, et je ricane en le voyant repousser Louis qui s'assied sur l'accoudoir, à regret. Bien fait.

"Tu peux venir sur les miens si tu veux.
- Ça ira, merci.
- Mais si, allez..."

Il fait la moue, puis fait un petit sourire. Bon. Un point pour moi. Il change une fois de plus de place et vient se blottir entre mes jambes. Voilà, les choses reprennent leur cours normal. La soirée continue, chacun faisant semblant de n'avoir rien vu, rien entendu. Louis enchaîne les verres, et je me débrouille plutôt pas mal non plus. Il devient tendre, je savoure l'instant. Comme ça me manque, tout ça. Il m'embrasse, caresse mes cheveux, mes joues, son front appuyé contre le mien. Il cligne des yeux plus que nécessaire, semble vouloir faire la mise au point. Mais il est là, contre moi, et c'est bien tout ce qui compte. Je l'enlace et respire son parfum. Bordel, comme je l'aime.

Et puis quelqu'un a eu cette mauvaise idée de jouer à ce jeu débile. Action ou vérité ? Sérieusement, vous avez quel âge ? Sauf que bien sûr, Louis a sauté sur ses pieds comme si on lui proposait un concert au Madison Square Garden. J'aurais dû m'en douter, et ça ne sent pas bon, pas bon du tout. Il s'exclame "action" lorsque Niall lui demande de choisir, et je devine la catastrophe.

"Embrasse Zayn sur la bouche avec la langue !
- Quoi ?! Non, c'est mort ! Non mais vous êtes barjots, hein.
- Oh, ça va, Zayn, c'est Louis !
- Justement !
- Booon... Sur la joue alors ?
- C'est pas très drôle mais d'accord..."

Louis s'empare du visage de Zayn et se rapproche tout en douceur. Je serre les dents. Tout le monde attend la connerie. On connait assez Louis pour savoir que ce serait trop beau. En une fraction de seconde, tout s'enchaîne. Il se jette sur les lèvres de Zayn et lui fourre sa langue dans sa bouche. Le plus gros patin que j'ai jamais vu. Zayn devient tout rouge et repousse Louis en pestant. Moi, je suis plutôt vert. Louis éclate de rire, avançant que c'est le jeu. Je me lève et lui demande de me suivre. Putain, il ne va pas me dire qu'il ne le fait pas exprès, si ?

"A quoi tu joues avec Zayn ?
- Oh, de quoi tu parles encore... ?
- De la pelle monumentale à l'instant, débile ! Ça t'amuse de me rendre jaloux ? Tu me connais, merde !
- Ça va Harry, c'est ZAYN. C'est notre ami à tous les deux, et en plus, c'était mon action.
- Non, Louis, ton action c'était de l'embrasser sur la joue.
- Pas-au-début !
- Tu me rends dingue !
- Je sais, bébé, tu m'aimes...
- Faut vraiment que t'arrête de boire, toi.
- Ça vaaa, détends toi c'est la fête. T'es toujours à critiquer et tu profites jamais. C'est quand même dommage tu trouves pas ?"

Qu'il aille se faire foutre. C'est bien de sa faute si je ne profite pas. Ça devrait rester un détail, je le sais, mais si tout allait bien entre nous je ne le prendrais pas comme ça. L'image qu'il me renvoie de moi-même dans ce genre de situation m'est absolument insupportable. Je ne m'aime pas, quand je joue les rabats-joie, et que j'en viens presque à user d'autorité avec lui. C'est ridicule. Le reste de la soirée n'a pas été beaucoup plus glorieux. Je n'ai pas réussi à me remettre dans l'ambiance, contrairement à Louis. Lorsqu'il a fallu partir, je n'ai pas eu la force de le suivre.

"Je reste ici.
- T'es vraiment un gamin quand tu veux, hein.
- J'ai juste pas envie de faire le trajet, je suis trop crevé.
- Mais moi je veux rentrer. Je préfère mon lit figure toi.
- Bah vas-y, je te retiens pas.
- Super. T'es qu'un con."

Bien sûr, c'est encore de ma faute. Je le laisse partir avec un serrement au cœur. Si seulement j'étais moins fier parfois. Josh me lance une tape dans le dos et me dit que c'est cool, il doit lui rester quelques draps pas trop dégueulasses. Joie. J'aurais dû rentrer avec lui. Je ne suis qu'un abruti. Qu'est ce qui m'a pris ? Je sais. J'ai cru qu'il me supplierait. Qu'il s'excuserait pour tout à l'heure et qu'on finirait par prendre le chemin de la maison en riant de notre bêtise. C'était idiot, je le connais. Il est au moins aussi fier que moi quand il s'agit de ce genre de choses. Est-ce que tout ça veut dire qu'il ne m'aime plus ? Est-ce que je suis si peu important pour lui ? Se jeter sur Zayn de cette façon, ignorer mes supplications, toutes ces choses là ne se font pas dans un couple. Est-ce que ça y est, il s'est lassé définitivement de moi ? De mes mauvaises habitudes ? Est-ce que je lui fais encore de l'effet, quand on fait l'amour ? Merde, qu'est ce que j'ai fait de mal ? Qu'est ce qui a bien pu se passer, pour que tout se brise, comme ça ? Et bon dieu, pourquoi je n'arrive pas à me dire qu'on va dépasser ces épreuves, que ce n'est qu'une passade, que tout va s'arranger ? Mais j'ai beau m'interroger, je suis sûr que je l'aime encore, moi. Que si j'agis comme ça, c'est justement ça, la raison. J'ai besoin de lui à mes côtés. Sans lui, qu'est-ce que je vais devenir ? ... Sans lui, est-ce que je m'en sortirais mieux ? Je déteste ces pensées qui font de moi le pire des hommes. Mais je ne peux pas m'en empêcher. C'est devenu trop lourd, trop pressant. Trop étouffant. J'ai envie de hurler. Qu'est-ce que je dois faire ? De quoi j'ai envie, plutôt ? Soudain, je pense à Adam. Il m'était totalement sorti de la tête, je le réalise maintenant, mais il est revenu en force dans mon esprit. Son visage s'empare de mon cerveau. Court circuit. Je revois ses grands doigts pâles jouer avec ses cigarettes et son regard qui en disait si long. C'est peut-être ça, qu'il me faut ? Quelque chose de simple, arrêter ce petit manège de fuis-moi je te suis, et inversement. J'ai peut-être besoin de quelque chose de totalement nouveau, pour remettre les choses d'aplomb. Advienne que pourra, pas vrai ? Je pense à Louis aussi, est-ce qu'il va m'écrire, est-ce qu'il va faire ce pas vers moi, cette fois-ci ? J'en crève d'envie. J'aimerais le voir déposer les armes, juste ce soir, me donner l'occasion de me dire que j'avais tort. Je veux qu'il me prouve qu'il est bien là, qu'il regrette d'avoir été aussi injuste et qu'il fera des efforts. Mais rien ne se passe et je finis par sombrer dans un sommeil agité.

J'ai rêvé d'Adam. Quand j'ouvre les yeux, il fait déjà jour mais la maison est silencieuse. Je me glisse hors de la chambre, et constate l'étendue des dégâts. Je reste un instant planté au milieu du désordre ambiant. Bonne chance Josh, ne compte pas sur moi pour rester. J'enfile mes chaussures en tentant de ne pas faire de bruit et griffonne un mot de remerciement sur un post-it que je colle sur la porte d'entrée. Je me faufile dehors, toujours silencieux. C'est bon, personne n'a réagi. Le monde s'active déjà dans Londres et je jette un coup d'œil à mon téléphone. Il est 14h et je n'ai aucune nouvelles de Louis. J'attrape un taxi, lui demande de s'arrêter 50 mètres plus loin, m'engouffre dans un Starbuck et remonte dans le véhicule, un énorme gobelet entre les mains. J'ai besoin de me réveiller. Le trajet jusque chez nous est insupportable. Je ne me ferai jamais à la circulation londonienne. Une heure et demie plus tard je peux enfin glisser ma clé dans la serrure et entre. Je m'attends à entendre Louis s'activer dans l'appartement, prêt à me faire maintes remontrances pour mon arrivée tardive. Mais rien, pas un bruit. Peut-être dort-il encore et je vais pouvoir aller le réveiller tranquillement, tendrement. Tout s'arrangera. Je lui ferais un café, et ferais griller quelques tranches de pain. Peut-être même que je lui apporterai tout ça au lit. Je grimpe jusqu'à la chambre en tentant de rester le plus silencieux possible. Quand j'ouvre la porte, la lumière m'éblouit. Les volets sont ouverts et le lit est fait. Aucune trace de Louis. Je panique. Deux ou trois vêtements propres traînent sur une chaise. Je fronce les sourcils, ouvre le placard. Bien sûr que non il n'est pas vide. Tu n'es pas dans un film Harry Styles, réveille toi. Pourtant il manque plusieurs de ses vêtements et je gros sac de sport qu'on utilise pour voyager. Je pianote sur mon téléphone et le colle à mon oreille. Au bout de quelques sonneries, il décroche.

"T'es où Louis ?
- C'est à cette heure là que tu rentres ?!
- Oh écoutes, j'étais crevé, qu'est-ce que tu veux que je te dise.
-Je sais pas, j'espérais que tu serais au moins venu me dire au revoir.
- De quoi ?
- T'es vraiment le dernier des cons, c'est pas possible.
- De quoi tu parles, Louis ?
- Je suis chez mes parents abrutit, ça fait deux semaines que je t'en parle ! J'y vais pourtant pas souvent. J'y crois pas..."

Merde. D'accord. J'avais complétement oublié. Mais il aurait quand même pu me le rappeler hier soir au lieu de partir comme ça et de me remettre la faute dessus maintenant. Je ne sais pas quoi répondre. Je me contente de m'excuser et je l'entends soupirer de l'autre côté du combiné.

"Il va falloir qu'on parle quand je rentre. Sérieusement.
- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?
- Qu'il y a quelque chose qui ne va pas, Harry, et qu'il faut qu'on mette les choses au clair. Je ne dis pas que ça vient de toi, mais il y a un problème.
- Rien que le fait que tu dises "ça ne vient pas de toi" veut tout dire. Tu penses exactement le contraire, et tu me dis ça quand tu n'es pas face à moi, et je dois faire avec.
- Arrête un peu, Harry, c'est toi qui a oublié que je partais. J'ai pas envie de me disputer avec toi au téléphone, on en parlera plus tard...
- C'est ça. Comme ça je vais y penser tout le week-end et redouter ton retour.
- Je rentre dans une semaine.
- UNE SEMAINE ?!
- Harry ! On en avait parlé ! Je t'avais proposé de venir, t'es pas sérieux là ?!
- J'avais... je me souvenais plus. Désolé. Bon, écoute, je te laisse profiter de tes parents et tes sœurs, embrasse-les pour moi.
- D'accord... passe une bonne semaine, Hazz.
- Ouais...
- ...
- ...
- Je t'aime.
- Moi aussi, Lou..."

Je reste comme ça, le téléphone plaqué à mon oreille, écoutant la tonalité sans trouver la force de raccrocher. C'est comme si quelque chose s'était brisé, quand il me l'a dit. Pourquoi ? Parce que pour la première fois, je ne l'ai pas cru. J'ai douté de quelque chose, de sa sincérité, de la mienne aussi. Je vais devoir passer une semaine avec cette sensation désagréable. Je l'imagine en train de se faire dorer la pilule au bord de la piscine, et l'idée de rester enfermé ici, à dormir seul tous les soirs et à attendre ses appels me rend malade. Mais je vais devoir faire avec. Ce n'est pas comme si j'avais vraiment le choix de toute façon. Pendant un instant, j'ai pensé le rejoindre. Lui faire la surprise de me pointer tout sourire, des lunettes de soleil sur le nez et un sac à la main. On profiterait du soleil ensemble, on discuterait comme il me l'a demandé, sa mère nous préparerait des bons petits plats et tout irait mieux. La tension retomberait, on reprendrait goût l'un à l'autre, on s'accorderait de nouveau notre confiance. Tout va vite dans ma tête. Je glisse mon portable dans ma poche arrière et commence à jeter des affaires dans un sac. Je ne réfléchis pas tellement, j'improvise, et ça fait du bien. Alors que je glisse une trousse de toilette dans ma valise, je sens mon portable vibrer. Je le sors en hâte, prêt à jouer un rôle parfait du mec qui s'ennuie déjà. Mais le nom sur l'écran me glace. J'hésite. Mon estomac se serre et je réalise que ce n'est pas d'angoisse mais d'excitation. Je devrais répondre. Juste pour savoir. Sinon je m'en voudrai de ne pas avoir saisi l'occasion.

"Allo ?
- Harry ?
- Oui, salut Adam.
- Je vois que tu as enregistré mon numéro.
- En effet. Qu'est ce qui t'arrive ?
- J'avais envie de t'entendre.
- Vraiment ?
- Hu-hum. On pourrait peut-être boire un café ?
- Si tu veux. Où ça ?"

Je pourrai tout à fait rejoindre Louis plus tard. Il est encore là-bas pour une semaine, après tout, rien de presse.

"Je sais pas... tu proposes quoi ?
- T'as qu'à passer, ce sera plus simple.
- Je vois. J'arrive alors."

Voilà. Et qu'est ce que je fais maintenant ? Je retourne dans la cuisine et prépare du café comme un gros con. Dire qu'il y a une demi heure, j'envisageais de le faire pour Louis. Ce n'est rien, juste un café. Je ne vois même pas pourquoi je panique comme ça. Mes mains sont moites, et je sursaute quand on sonne à la porte. J'ai l'impression d'être une adolescente avant son premier rendez-vous. Pathétique. Mes mains tremblent quand j'ouvre la porte. Il est là, l'air ravi, négligemment appuyé contre la pierre.

"Je peux entrer ?
- Je t'en prie..."

Je m'écarte et il passe devant moi. Son parfum s'empare de mes sens. Mais arrête, Harry, arrête ça ! Ce n'est qu'un mec parmi d'autres, ce n'est pas Louis, ce n'est qu'un mec en manque de cul qui veut ajouter un des membres des One Direction à son tableau de chasse. Mais pourquoi je lui ai dit de venir, bordel, comment j'ai pu être aussi faible ? Il prend place dans le canapé et je lui apporte une tasse fumante. Il la pose aussitôt sur la table basse et plonge son regard dans le mien. Il ne lui a fallu que quelques secondes pour se décider. Il se jette sur moi, littéralement, et s'empare de mes lèvres. Il n'a même pas demandé si Louis était là, mais je suppose que la logique voulait que ce ne soit pas le cas. Presque malgré moi, je sens mon ventre frémir au contact de son corps. Il prend possession de moi, je deviens un objet entre ses mains. Je le laisse faire. C'est aussi simple que ça. Mais je ne veux pas être celui qui subit. Je serre sa nuque entre mes doigts et approfondis le baiser. Je veux reprendre le dessus. Je le fais basculer et l'allonge sur le canapé. Il me laisse faire, il y prend un plaisir non feint. Il gémit contre mes lèvres, j'ai presque envie de me foutre de lui. Il se plaint du manque de confort dans lequel il se trouve et me propose de trouver un endroit plus adéquat. Je ne peux pas l'inviter à monter dans la chambre. Je ne peux pas aller jusque là. Puis je réfléchis. Je ne veux pas qu'on nous entende, et qu'un paparazzi un peu moins con que les autres vienne se glisser derrière les fenêtre du salon. J'attrape sa main sans un mot et l'entraine dans l'escalier.




Je n'arrivais pas à me calmer. Les sanglots broyaient ma poitrine, je hoquetais au milieu de la chambre, hanté par des souvenirs que je détestais à présent. Qu'est ce que ça m'avait apporté, hein ? Deux parties de baise grotesques, une culpabilité atroce et maintenant ça. Louis m'a quitté. Tout avait commencé à s'arranger, Louis était rentré de chez ses parents dans de meilleures dispositions. Il voulait que ça change, et pour ça il avait fait un travail énorme sur lui même. Je ne lui avais pas parlé de mon projet de venir le voir, et lorsqu'il avait franchi le seuil de la porte, un grand sourire aux lèvres, j'avais compris qu'il n'avais aucune envie de me faire des reproches. Il s'était excusé pour son attitude de ces derniers temps, et s'était blotti dans mes bras dans un soupir d'aise. C'était de nouveau lui, tout était devenu plus simple, plus doux entre nous. J'avais ignoré tous les appels d'Adam qui avait fini par se lasser. Et c'était tant mieux. Je n'avais pas besoin de ça, j'avais besoin de Louis. Maintenant c'était terminé. Il m'aimait, il me le disait chaque jour et je le croyais. Tout allait tellement mieux. J'ai cru que je pourrais oublier ce que j'avais fait. Ça semblait si facile... Mais à chaque baiser, à chaque caresse, la culpabilité me lacérait l'estomac comme un couteau chauffé à blanc. J'ai commencé à perdre goût à sa douceur, parce que j'estimais que je ne la méritais plus. Il était si bon, si sincère, et moi je prenais conscience de la force de ma trahison. Je le repoussais toujours et il tenait bon, se disant sûrement qu'il me fallait du temps. J'avais fini par craquer. Je ne pouvais pas, c'était trop dur, trop douloureux. Mais encore une fois, j'ai fait ça sur un coup de tête. Je n'ai pas pensé une seconde à lui, j'avais juste ce besoin intense de me débarrasser de ce poids. Je suis quelqu'un de profondément égoïste. Je me précipitai sur mon téléphone qui sonnait. C'était lui. Ça ne pouvait être personne d'autre. Le nom de Zayn clignotait sur l'écran.

"Sale con."

Je n'avais que ce que je méritais. J'eus envie de tout casser. Mon portable alla frapper le mur d'en face et je cognais tout ce qui se trouvait à proximité. Il fallait que j'y aille. Je ne pouvais pas rester ici, de toute façon je ne supportais plus la vision de cette chambre, moi non plus. J'attrapai mon manteau et dévalai les escaliers, puis quittai l'appartement en hâte. Je ne pouvais pas rester comme ça. Si je n'avais pas trouvé la force de le retenir, c'était parce qu'il me faisait peur. Je savais que si j'avais tenté quoi que ce soit, il m'aurait repoussé si violemment que je n'aurais plus oser bouger. Mais à présent, je l'imaginais chez Zayn, et je ne pouvais pas supporter le fait de rester sans rien faire. Il m'ouvrirait. Je savais qu'il m'ouvrirait. J'étais son ami aussi, n'est-ce-pas ? Je méritais qu'il m'écoute, moi aussi. Il m'ouvrirait.

Ça faisait bien cinq minutes que je frappais comme un fou à cette foutue porte, et personne ne répondait. Ils étaient ici, j'en étais persuadé. Putain, Zayn ! Je tambourinais comme un forcené, quitte à me bousiller les mains, quand une voix finit par s'élever de l'autre côté du battant.

"Casse-toi, débile ! Tu vas rameuter tout le quartier !
- Zayn sois pas con ! Ouvre !
- Mais non, t'as pas encore compris qu'il ne voulait pas te voir ?
- Je dois lui parler, laisse moi entrer...
- Va te faire voir ! T'as vraiment été le dernier des connards, sur le coup, Harry Styles, alors tu ferais mieux de faire le mort pour le moment.
- J'en ai rien à foutre !"

Je recommençai mon boucan, indifférent à leurs protestations. Zayn finit par sortir, refermant aussitôt la porte derrière lui. Il avait l'air hors de lui.

"T'as pas bientôt fini ton bordel ?
- Zayn, s'il te plait...
- Casse-toi, Harry.
- Mais t'as aucun droit de m'empêcher de lui parler !
- Je t'assure que si. Il est venu chez moi, et je décide de qui entre chez moi ou pas. Maintenant tu t'en vas, ou je te frappe.
- Bah vas-y, frappe-moi. Je m'en fous.
- Harry, sois pas plus con que tu ne l'as déjà été..."

Je me foutais de tout. Tout ce que je voulais, c'était le voir, lui et le supplier de ne pas me laisser comme ça. J'essayai de forcer le passage, bousculant Zayn. Quelques secondes plus tard, je portais la main à ma pommette, encore sonné par le coup de poing qu'il venait de m'assener. Son regard était dur et je sentis qu'il n'hésiterait pas à recommencer. Moi non plus, de toute façon. J'entendis Perrie demander ce qu'il se passait et la réponse de Louis entre deux sanglots. Il était juste là. Juste derrière cette porte.

"Louis ! Louis ouvre-moi !
- Ferme ta gueule, Harry et va-t-en."

Je ne pouvais pas m'y résoudre et répétai mon injonction, indifférent aux menaces de Zayn. J'approchai la main de la poignée et je sentis qu'on me tirait en arrière. Je saisis le col de Zayn avec rage. Il était mon ami, mais je ne laisserais personne m'empêcher de voir Louis. Pas ce soir. La colère se lisait dans ses yeux et il avait la mâchoire crispée. Je savais qu'il lèverait encore le poing mais ça m'était totalement égal. Il leva le bras mais cette fois, je fus plus rapide. La violence du coup me surprit moi-même. Zayn se plia en deux et j'entendis Perrie pousser un cri derrière la fenêtre. La porte s'ouvrit à la volée et Louis tenta de nous séparer. Il se tourna vers Zayn et mon cœur se brisa une nouvelle fois. En même temps, je m'attendais à quoi. Il tira Zayn jusqu'à la maison et je me laissai tomber sur les marches du perron. Qu'est-ce que je foutais là ? Qu'est-ce que j'espérais ? Je m'attendais à entendre la porte se refermer derrière eux quand la voix de Perrie s'éleva dans mon dos.

"Viens-là, abruti. Il faut mettre de la glace sur ton œil."

Je hochai la tête, l'air penaud. Je ne savais pas si les garçons seraient d'accord avec cette idée, mais l'occasion était trop belle. Je la suivis à l'intérieur et elle m'installa sur un tabouret de la cuisine. Elle s'activa un instant et me colla sans ménagement un sac rempli de glaçon sur la tronche. Aouch. Elle ne souriait pas, mais je crois qu'elle avait pitié de moi.

"T'as vraiment merdé, Harry.
- Je sais.
- Qu'est ce qui t'a pris ?
- Je sais pas.
- Les mecs..."

Elle vint s'asseoir à côté de moi. À quelques mètres de là, je pouvais voir Louis et Zayn discuter à voix basse. Zayn s'était étendu sur le canapé et faisait la grimace. Je n'y étais pas allé de main morte, visiblement. Je n'ai jamais su contrôler ma force. Si j'osais leur adresser la parole, je m'excuserais platement. Je n'avais pas l'intention de lui faire du mal. Je voulais juste... je voulais qu'ils m'entendent.

"Qu'est ce que tu vas faire maintenant, Hazza... ?
- Je sais pas...
- Oh mais arrête ! Bouge toi !
- Qu'est ce que tu veux que je fasse Pezz ?
- Mais je sais pas moi... pas venir pleurer ici en tout cas. Enfin, pas comme ça... je veux dire, t'as vu dans quel état il est ? Tu vas te mettre avec ce... mec ?
- Non ! J'ai déjà dit à Louis que je m'en foutais, de lui, et je le pense.
- Alors pourquoi t'as couché avec lui ? DEUX fois ?"

Je la contemplai. Ses cheveux blonds étaient rassemblés en un chignon désordonné, et elle portait un tee-shirt ayant probablement appartenu à Zayn il y avait fort longtemps. Ils devaient être au lit quand Louis était arrivé. Des mugs et une théière trainaient sur le bar. J'en aurais bien réclamé une tasse, mais je ne me sentais pas assez à l'aise pour la ramener. J'avais le vague sentiment que de toute façon, on m'enverrait bouler copieusement. Zayn entra dans la cuisine, m'ignorant royalement. Il attrapa une bouteille d'eau dans le frigo et embrassa Perrie sur le front. Puis il repartit sans un mot. J'aurais voulu le retenir et lui dire que j'étais désolé, mais je laissai encore passer ma chance et il retourna s'asseoir avec Louis, qui me lançait des regards assassins depuis l'autre bout du salon.

"Hazz...
- Hein ?
- Il faut prendre une décision, maintenant.
- Est-ce que j'ai vraiment le choix ?
- À qui la faute ?...
- Je sais, Perrie, c'est bon. Je vais rentrer. Merci pour la glace.
- Mais non, attends, reste !
- À quoi ça rime ?
- Il est trop tard de toute façon.
- C'est Londres, Pezz, il est jamais trop tard.
- Oui, bah ce soir, si !
- D'accord... Mais ton mec est en mode gorille, je vais me faire taper.
- J'te remercie, je sais gérer mon mec, moi.
- Ok... Merci..."

Elle se leva et m'entraina dans le salon. Les garçons n'avaient d'yeux que pour elle, et je me sentais comme une merde. Je n'avais rien à faire ici, j'en avais conscience, mais je ne pouvais pas m'empêcher d'espérer, malgré tout. Perrie bouscula les jambes de Zayn pour s'installer à côté de lui. Je me glissai dans un coin du canapé, et Louis s'éloigna encore plus de moi.

"Bon, vous êtes bien sympas mais moi demain, je bosse et j'ai besoin de dormir. Alors voilà le deal : soit je dors avec Louis dans la chambre, et Zayn se tape le canapé avec Harry mais je doute fortement que ça l'enchante... Soit Harry dort avec moi dans la chambre et vous restez en bas tous les deux.
- Non, c'est mort.
- Pourquoi ?
- Pas confiance.
- Okay... je te rappelle au passage que je suis une fille, et puis que tu peux me faire confiance, à moi... Mais peu importe. Troisième solution : Louis et Harry restent ici et se démerdent.
- Ah non !
- Louis, fais pas l'enfant.
- Mais Perrie !
- Mais Louis ! Allez, taisez-vous maintenant, nous on va se coucher."

Ils se levèrent ensemble et prirent le chemin de leur chambre. Mais avant de disparaitre dans le couloir, Perrie se retourna et pointa un doigt autoritaire dans notre direction.

"Mais je vous préviens, vous deux, si j'entends UN mot plus haut que l'autre, je reviens ici et je vous colle la raclée de votre vie. Compris ?"

Louis et moi hochâmes la tête fébrilement. Cette fille avait une poigne d'enfer, et je me dis que Zayn ne devait pas être à la fête tous les jours. Louis me poussa, ouvrit le canapé et en sortit un duvet qu'il me jeta au visage.

"Débrouille-toi avec ça.
- Je peux...
- N'y pense même pas."

Il s'étendit sur le matelas, tapa deux ou trois fois son oreiller et me tourna le dos. Je restai un instant planté au milieu de la pièce, mon duvet minuscule entre les bras. Bon. Je tentai d'abord le fauteuil, mais l'idée même d'essayer de dormir assis me foutait les jetons. J'étalai la couverture par terre et essayai de trouver une position confortable. Peine perdue. C'était atroce. Mes pieds touchaient le carrelage froid et j'avais l'impression que tous mes os cognaient le sol dur au moindre mouvement. Après de nombreux soupirs d'exaspération, Louis se retourna et me demanda de me taire.

"J'y peux rien j'ai mal.
- C'est pas mon problème.
- Tu veux pas que je vienne ? Je me mettrai au bord.
- Même pas en rêve.
- Lou...
- Non Harry. Maintenant laisse moi dormir.
- Lou, je t'aime.
- Tais-toi.
- S'il te plaît, Louis...
- Arrête.
- Louis, je te demande pas de me pardonner, pas comme ça, pas maintenant, mais... Reviens à la maison... S'il te plaît...
- Et après quoi ? Je suis pas sûr de pouvoir te supporter.
- Je... je sais pas, je peux juste pas vivre sans toi.
- Fallait y penser avant.
- Je suis désolé...
- C'est pas suffisant.
- Qu'est-ce que je dois faire ?
- Rien, laisse-moi tranquille."

Je soupirai à nouveau. J'avais envie de le pousser à bout. Je savais que ce n'était pas très correct après tout ce que j'avais fait, mais je voulais juste qu'il me remarque, qu'il pose ses yeux sur moi, occuper la moindre de ses pensées. Je n'étais pas près à lâcher prise. Pas comme ça. Pas aussi facilement. Louis était l'homme de ma vie, j'en avais la profonde conviction. A vrai dire, j'en avais pris conscience quand j'avais compris que j'allais le perdre. La perspective de devoir me passer de lui, de son rire, de ses caresses, de ses remontrances même me rendait fou. Tous nos moments ensemble me revenaient à l'esprit, les bons comme les mauvais. Notre premier baiser, il y avait déjà quatre ans dans les backstages d'un concert à Liverpool, quand je lui avait dis que je l'aimais, le sourire qui s'était étalé sur son visage à cet instant, le moment où il avait couru vers moi, une annonce immobilière imprimée sur un papier froissé et qu'il m'avait dit "C'est celui-là ! Regarde, ce sera parfait pour nous !", le jour de notre déménagement, où j'avais cru que je le tuerais parce qu'il sirotait tranquillement une tasse de thé pendant que les garçons et moi nous cassions le dos à porter ses affaires, la première fois que nous avions fait l'amour, la première fois qu'il avait jouit pour moi, nos premières disputes, même les pires, même celle de ce soir. Le jour où il m'avait annoncé très sérieusement qu'il avait la ferme intention de m'épouser et que j'avais même pensé à des enfants, la première fois où il m'avait embrassé, sur scène, devant un public hurlant. Les battements de mon cœur résonnaient dans mes oreilles et j'avais oublié le monde alors que nous jouions devant 200 000 personnes. Les fuites d'eau dans l'appartement, les nuits passées à éponger le sol en riant comme deux idiots, totalement épuisés, la fois où j'avais mal fermé le congélateur et où il m'avait fait la tête pendant 3 jours parce que j'avais ruiné ses pots de glace. Notre chanson. Nos différents. Nos retrouvailles. Sa peau. Ses yeux. Ses mains sur mon corps. Dans mes cheveux. Mon cœur. Et le sien brisé. J'étouffai un sanglot dans l'oreiller nauséabond.

"Harry.
- Hm ?
- Viens.
- Quoi ?
- Viens-là. Viens te coucher. Mais je te préviens, je veux pas t'entendre, et tu ne me touches pas. C'est simplement pour que tu arrêtes de gémir et gesticuler et que je puisse enfin dormir."

Je ne le fis pas répéter. J'essuyai rapidement mes yeux et me glissai à ses côtés sur le matelas défoncé du clic-clac. Mes os se portaient mieux mais le sentir si près de moi sans pouvoir le toucher était la pire des tortures. J'aurais voulu le prendre dans mes bras, embrasser sa nuque, le serrer si fort... mais je devais me l'interdire. Je ne voulais pas qu'il me repousse et me demande de reprendre ma place par terre. Je voulais être près de lui, malgré la souffrance que ça impliquait. Je restai totalement immobile et sentais le lit bouger au rythme de sa respiration. J'aurais pu mourir tant ça me faisait mal.

"Louis ?
- ...
- Tu dors ?
- Non.
- À quoi tu penses ?
- Au fait que t'es qu'un connard.
- Ah...
- Eh oui, Harry, surprise.
- Je suis désolé.
- Ça n'est pas suffisant.
- Je sais, c'est pas ce que j'ai dit. Mais j'ai besoin que tu le saches.
- Ça ne change rien. Les faits sont toujours là.
- Oui...
- Pourquoi tu es venu ce soir ?
- Pour parler.
- On a déjà parlé Harry.
- Je voulais juste... j'avais besoin de te voir. Quand j'ai reçu le message de Zayn j'ai réalisé que je ne pouvais pas rester sans rien faire.
- Quel message de Zayn ?
- Un truc qu'il m'a envoyé quand tu es arrivé ici, j'imagine...
- Je savais pas.
- Peu importe... Il avait raison. Je m'en veux tellement. Je sais pas quoi dire d'autre, je suppose que je devrais juste me taire mais c'est plus fort que moi.
- ...
- Je t'aime, Louis.
- Tu mens.
- Non. Je suis sérieux, là. Je t'aime, je sais pas comment je vais faire sans toi.
- Si tu m'aimais tu m'aurais pas fait ça.
- Je sais que j'ai agi comme le dernier des enfoirés, mais je t'assure que c'est vrai."

Je m'attendais à tout. Je m'attendais à ce qu'il me frappe, à ce qu'il me demande de retourner sur ce foutu carrelage, à ce qu'il m'insulte et qu'il se détourne. Mais non. Il s'est soudain mis à pleurer, et mes larmes ont suivi presque aussitôt. On avait l'air fin, comme ça, chacun à un bout du clic-clac.

"Qu'est ce que je vais faire, maintenant, Harry ? Qu'est ce que je vais devenir ? Je t'aime comme un fou, mais je ne peux pas revenir. Je ne te fais plus confiance, et c'est la pire des choses qui puissent nous arriver. Je te déteste de me pousser à t'en vouloir à ce point.
- Louis...
- Me touche pas, c'est pire que tout, ça, tu vois !"

Il remonta ses jambes contre son torse, se fermant totalement.

"Je voudrais tellement revenir en arrière.
- Serre-moi dans tes bras."

Je n'étais pas sûr d'avoir bien compris. Mais il le répéta, sa voix n'était qu'un murmure, pourtant il l'avait bien dit. Je me rapprochai de lui et l'entourai de mes bras. Il serra mes mains entre ses doigts. Ses larmes s'écrasaient sur ma peau, il pleurait doucement, silencieusement, et c'était pire que n'importe quoi. J'embrassai ses yeux, son front, ses tempes, je le couvrais de baisers et répétais inlassablement mes excuses. Je voulais qu'il me croit. Pas qu'il me pardonne. Simplement qu'il me croit.

Les bruits de la cafetière me réveillèrent. J'avais l'impression de n'avoir dormi que quelques dizaines minutes, et c'était probablement le cas. Perrie s'affairait dans la cuisine, déjà maquillée et habillée. Je réalisai alors que Louis me tenait fermement contre lui, toujours endormi. Je me détachai de son étreinte pour aller rejoindre Perrie.

"Tiens, salut.
- Hmhm.
- Je t'ai réveillé ?
- Non, tu crois ?
- Je t'emmerde ! Excuse moi de bosser, MOI !
- Moins fort, Pezz, s'il te plaît...
- Tu veux du café ?
- Hanhan, j'ai l'espoir de me recoucher dès que tu auras quitté les lieux.
- Lou dors ?
- Si tu espères le réveiller en posant une tasse sur le plan de travail, t'as encore du boulot. Tu pourrais même mettre de la musique, il ne réagirait même pas.
- Vous dormiez tous les deux quand je suis descendue.
- Tu ne m'avais pas encore réveillé, c'était le bon temps...
- Non je veux dire, tous les deux. Ensemble.
- ...
- Il t'a déjà pardonné ? Ça n'aurait pas été aussi rapide pour moi, tu peux me croire ! Garde le bien celui-là !
- Il m'a pas pardonné, Pezz, et il ne le fera probablement jamais.
- Mais...
- Il a juste accepté que je vienne dormir sur le canapé c'est tout.
- Il était dans tes bras.
- Et alors ?
- Je peux te dire que Zayn ne me toucherait même pas un cheveux avant longtemps si ça arrivait.
- Je sais pas... Je crois qu'il est encore plus perdu que ce que vous pouvez imaginer.
- La faute à qui ?
- Je sais Perrie, c'est bon."

Elle enfourna un morceau de pain beurré dans sa bouche, levant vers moi un sourire ironique. Je crois que j'aimais profondément cette fille. Elle n'hésitait jamais à dire les choses et c'est certainement ce dont j'avais besoin. Il fallait qu'on me remette à ma place et c'était nettement moins douloureux que quand c'était de la part de Louis.

"Il peut rester là tant qu'il le voudra, tu lui diras ?
- Non.
- Bah...
- Je veux qu'il rentre à la maison. Je vais pas l'inciter à rester !
- Laisse lui le temps, Hazz, il reviendra.
- Tu crois ?
- J'en suis sûre. Faut pas qu'il se sente obligé. Et puis tu sais très bien qu'il a besoin de nous et de notre soutien, sinon, il va vraiment se retrouver seul.
- Et moi alors ? Je suis là merde !
- Toi t'avais qu'à garder ta b...
- Okay, c'est bon. Merci. Je lui dirai.
- Brave garçon."

Elle attrapa son sac et son thermos de café. Après m'avoir tapoté le haut du crâne, elle quitta l'appartement en coup de vent. Je restai quelques minutes assis sur le tabouret de bar à fixer les miettes de pains sur le plan de travail de la cuisine. Je dessinais des lignes invisibles sur le Formica, pensif. Louis murmura quelque chose dans son sommeil et je me levai pour m'approcher. Il ouvrit légèrement les paupières et posa des yeux gonflés de sommeil sur moi.

"Qu'est-ce que tu fais ?
- Rien, Perrie vient de partir.
- Reviens te coucher.
- J'arrive."

Les habitudes ne se perdaient pas aussi facilement. À chaque échange avec Louis, à chaque mouvement, l'angoisse de le perdre m'étreignait le cœur. Je devais mesurer chacun de mes gestes pour ne jamais aller trop loin mais sans jamais paraître distant. J'allai éteindre la cuisine et me cognai le pied dans le pied de la table basse en revenant me coucher. J'étouffai un juron en me laissant tomber à côté de lui. Je retrouvai la chaleur des draps et de son corps contre le mien. À vrai dire, ce que je redoutais le plus maintenant, c'était le moment où Zayn se réveillerait et nous rejoindrait. Je savais qu'il ne supporterais pas de nous voir enlacés. Mais qu'il ne se méprenne pas, ce n'était qu'une trêve, un besoin de tendresse que Louis assouvissait sans même s'en rendre compte. J'aurais aussi bien pu être Niall ou Liam, la situation aurait probablement été la même. Simplement, moi, je l'aimais et lui rendait bien ses étreintes. Je profitai des quelques heures de répit que m'offrait le temps ce matin. De toute façon, j'étais incapable de me rendormir malgré l'état d'épuisement dans lequel je me trouvais.

"Louis ?
- Hmhm...
- Tu dors ?
- Hmhmmm... T'es chiant...
- Perrie m'a dit de te dire un truc.
- Ça peut pas attendre ?
- Non... Parce que je vais rentrer, maintenant.
- Tu pars ?"

Je crus percevoir de la panique dans sa voix. Je devais me faire des idées.

"Je vais rentrer à la maison, oui.
- Et moi ?
- C'était justement ce que je voulais te dire. Perrie m'a dit de te dire que tu pouvais rester ici tant que tu voudrais. - Si tu veux, je t'apporterai des affaires. Et puis, si un jour tu te sens prêt, la porte sera toujours ouverte...
- Harry, je sais pas si... Si tu pars maintenant, je sais pas si je trouverai la force de revenir...
- Tu sais que moi, je ne peux pas rester là indéfiniment. Ce serait injuste de ma part, pour toi, et pour Zayn. Je pense qu'il le prendrait très mal.
- Je voudrais que tu restes encore un peu..."

Je resserrai mon étreinte et l'attirai contre moi. Bordel, ce que je l'aimais. Il y avait un trou béant dans ma poitrine et j'aurais voulu lui hurler de rentrer avec moi. Mais c'était impossible. Je déposai un baiser sur son front et tentai de m'extirper de ses bras. J'enfilai mes vêtements en hâte. Je ne voulais pas croiser Zayn. Je ne savais pas ce qu'on allait devenir maintenant. Les tensions allaient être à leur comble. Heureusement, One Direction n'avait pas beaucoup de travail en ce moment et nous ne serions pas amené à beaucoup nous voir dans ce cadre. Louis attrapa mon bras et je sentis ses lèvres chercher les miennes dans la pénombre.

"Je t'aime Louis, mais je crois qu'on devrait...
- Oui... tu as raison..."

Il desserra ses doigts et je me penchai vers lui, déposant un baiser sur son front. Je ne voulais pas qu'il s'imagine que je ne voulais plus de lui. Au contraire, j'en crevais. Devoir prendre la décision de le laisser ici, de vivre sans lui, c'était la chose la plus difficile qui m'eut été donné de faire. Mais je devais m'y résoudre. Ça devait venir de moi. Il était temps d'assumer mes erreurs.

"Préviens-moi si tu veux récupérer des choses.
- Hm...
- D'accord ?
- Oui, je t'appelerai.
- À bientôt, alors ?
- ..."

J'attrapai mon sac, la gorge serrée, et quittai les lieux sans un regard en arrière. C'était trop dur, de l'imaginer dans ce lit et de me dire que peut-être, ce serait la dernière fois qu'on partagerait des draps ensemble. Je n'ai pas appelé de taxi. J'ai marché dans Londres pendant des heures sans trop savoir où j'allais. Je crois que je pleurais, mais ça a duré si longtemps que je n'en suis même plus sûr. J'ai fini par arriver chez nous. Chez moi. Les affaires de Louis étaient partout. Des magazines, des livres, des DVD. Ses vêtements, sa brosse à dent, son dentifrice dégueulasse, qu'il tenait à acheter et que je détestais. Ses bibelots qui prenaient la poussière, ses chaussures dans l'entrée, et son mug sur la table basse. Son mug tellement moche avec une photo de nous que Niall avait fait faire pour nos un an. L'anse était petée, il était ébreché, mais Louis n'avait jamais voulu le jeter et buvait son café dedans tous les matins. La télévision était encore allumée. Aucun de nous ne s'était donné la peine de la mettre en veille, et le menu du DVD tournait en boucle, recommençant inlassablement cette chanson idiote hurlée par Céline Dion. Rien n'avait bougé depuis que Louis était parti. Il ne manquait que quelques vêtements qu'il avait réuni en hâte avant de quitter la maison. J'étais comme dans un rêve. C'était insupportable. Je n'arrivais pas à réaliser tous les changements que venait de subir ma vie. Je suis monté dans la chambre, j'ai ouvert les volets et les fenêtres. La lumière baigna la pièce et me fit soudain prendre conscience de la réalité. Louis et moi, c'était fini. Bel et bien terminé. Bientôt, il viendrait reprendre le reste de ses affaires, il enverrait peut-être même Zayn pour s'en charger. Qu'est ce que j'allais faire maintenant ? Je me laissai tomber sur le lit et écoutai les battements de mon cœur.

Quatre mois. Je ne pensais pas que j'aurais pu tenir aussi longtemps. En même temps, est-ce que j'avais le choix ? Je me laissais mourir, en quelques sortes. Deux semaines après notre rupture, on avait sonné et Niall et Liam s'étaient présentés devant moi, l'air profondément gênés.

"Salut mec... comment ça va ?
- Pas trop mal.
- Bizarre cette barbe, ça te... vieillit.
- Ah ? Ouais. Bref. Vous venez pour quoi ?
- Louis nous a demandé de venir chercher quelques trucs pour lui.
- Oh, d'accord... Bah, entrez."

Les garçons m'avait fait un pâle sourire et je les avais laissé faire, affalé sur le canapé. Quand il ne trouvait pas quelque chose, ils venaient me le demander en faisant la grimace. C'était comme si j'avais attrapé une maladie très grave et que personne n'osait mettre le doigt dessus. Me dire que je devais me soigner, un truc de ce genre. Non, tout le monde faisait comme s'il n'y avait rien, en même temps, personne n'était capable de camoufler ses émotions. Ils repartirent vite, j'eus droit à une claque amicale dans le dos et à un "ça va aller, tu verras." Je savais bien que la situation était dure pour eux aussi, mais je ne pouvais pas m'empêcher de leur en vouloir pour ce manque de soutien. Mais j'étais le pestiféré, le fautif, le traître. S'il y avait un camp à choisir, ce n'était pas le mien. Le temps passait avec une lenteur exaspérante. Un beau jour, Perrie débarqua chez moi sans prévenir et fila une rouste monumentale. Elle me demanda si j'avais définitivement renoncé à la vie en communauté, et me prévint du fait que je ressemblais plus à présent à un ours qu'à un membre des One Direction. J'étais pitoyable, c'était ses mots, et ça m'en a foutu un coup.

"Qu'est ce que tu veux que je te dise, Perrie ? J'ai pas envie.
- Envie de quoi ?
- De sortir, de m'amuser, de voir des gens. Même de manger, j'ai pas envie de vivre, en fait, c'est aussi simple que ça.
- Oh, tu vas te calmer avec tes états d'âme de midinette. "J'ai pas envie de vivre", t'es sérieux là ? C'est pas la fête, là, on décide pas comme ça de tout abandonner du jour au lendemain. Tu vas te tailler les veines aussi ? Non parce que, franchement, avec la gueule que t'as, t'aurais meilleur compte !
- Perrie... Calme-toi, c'est méchant ça...
- Mais tu comprends pas que j'essaie de t'ouvrir les yeux, espèce de crétin ! T'es con ou quoi ? T'es Harry Styles, l'un des mecs les plus célèbres d'Angleterre, toutes les filles se battraient pour que tu poses les yeux sur elles, ne serait-ce qu'une seconde. Et toi, parce que tu n'as pas su garder ton pantalon fermé, tu pleurniches, tu fais la victime ! T'inquiètes tout le monde avec tes conneries, à commencer par Louis.
- Louis s'inquiète pour moi ?
- Oh, arrête deux secondes, c'est pas de lui qu'on parle là, c'est de toi. Alors s'il te plait, ouvre tes putains de volets, aère un peu parce que ce ne sera pas du luxe, et regarde toi dans une glace. Le rasoir est ton ami.
- T'es dure, quand même...
- Si c'est ce qu'il te faut pour que tu te bouges, je n'hésiterai pas à l'être encore plus.
- Non non, c'est bon, j'ai compris."

Après ça, j'avais remonté la pente tout en douceur. Perrie revenait régulièrement pour m'apporter des plats tout faits, du chocolat, des livres, parfois même des DVD. Tout ce qui pourrait m'aider à penser à autre chose. Elle passait quelques heures par semaine avec moi, et ça me faisait un bien fou. Je n'osais toujours pas l'accompagner lorsqu'elle me disait qu'elle retrouvait les garçons, mais l'idée de les revoir ne me faisait plus aussi peur qu'avant. Zayn m'avait appelé un soir pour savoir comment ça allait. Je n'attendais pas d'excuses de sa part et il ne m'en avait pas donné, mais ce coup de fil était notre trêve. La situation était plus ou moins claire entre nous à présent, mais la prudence était toujours de mise, de mon côté en tout cas. Pour ce qui était de Louis, je l'avais croisé à l'occasion des réunions concernant le groupe, et nous étions restés polis. Mais jamais rien de plus. Tout ce que je savais à son propos, c'était Perrie qui me le disait. Il y avait à peine quelques jours, elle avait débarqué en trombe chez moi pour me dire qu'il commençait à flirter de nouveau. Il était visiblement sorti boire un verre avec un garçon du nom de Gary, et je n'avais pas pu m'empêcher de trouver ce nom terriblement ridicule. Et laid, qui plus est. J'étais sûr que ce n'était qu'un con fini et l'idée de les voir ensemble me rendait déjà malade. Perrie m'avait demandé de me calmer en me disant qu'ils n'avaient bu qu'un verre ensemble et que Zayn et elle n'avaient pas encore reçu de faire-part pour leur mariage. J'avais ri à contre-cœur. Alors voilà, Louis commençait à voir d'autres garçons. Il m'avait oublié, il était passé à autre chose. Et moi, j'étais toujours incapable de m'imaginer dans les bras d'un autre que lui. C'était un comble, mais c'était pourtant vrai. Quatre mois étaient passés et je n'avais cessé de penser à lui, d'espérer qu'il fasse un geste vers moi et que tout recommence. Je savais qu'on devrait se reconstruire, instaurer de nouveau une relation de confiance et je savais que ce ne serait pas facile. Mais je ne voyais pas les choses autrement. Si Louis sortait avec des hommes, la partie était perdue. J'avais manqué ma chance. Jamais il ne reviendrait, et je n'arrivais pas à me faire à cette idée.

Il était presque minuit, et mon pot de glace était désespérément vide. J'allais finir par sérieusement m'empatter à me goinfrer de la sorte. Ce foutu film avait eu raison de moi, et je pleurais comme un idiot en contemplant l'immense navire se briser en deux comme un fétu de paille. Je braillais après la télé en tentant de leur faire comprendre qu'ils pouvaient tenir à deux sur cette putain de planche, et qu'il n'était pas obligé de se noyer et de crever de froid par excès de galanterie. Abruti de Jack Dawson. Film de merde. Chienne de vie... Les enceintes du home cinéma crachaient les sifflements désespérés d'une Rose à moitié congelée et qui tente d'alerter les derniers sauveteurs présents sur les lieux, tout ça sur font de cris agonisants, incroyablement bien reproduits et me foutant le cafard. Si Louis m'avait vu, il se serait marré deux minutes. Mais il n'était pas là, toujours pas, et je regardais pour la troisième fois cette semaine cette daube cinématographique qu'il affectionnait tant, et qui avait permis à James Cameron de s'en foutre plein les fouilles sur douze générations. Bisou l'artiste. Lorsque des coups retentirent à la porte, je crus d'abord que ce n'était que la télévision. Mais ça insistait dehors. Je n'avais vraiment pas envie de me lever. Rose allait changer de nom par amour et devenir une anonyme parmi tant d'autres. Ce n'était quand même pas rien, je ne pouvais pas manquer ça. Ça ne devait pas être important. Mais les coups s'intensifiaient, et je réalisai qu'il était quand même minuit passée. Ce boucan commençait à me faire flipper. Je mis le film sur pause et m'extirpai du canapé qui avait pris la forme de mon corps avec toutes les peines du monde. Les coups cessèrent, et cela acheva de me faire angoisser. Les mauvais plans à la Scream ne m'avaient jamais particulièrement empli de joie. Je saisis une fourchette qui m'avait servi durant le dîner et avançai prudemment vers l'entrée. Les coups redoublèrent et je sursautai. Putain, c'était quoi ça ? Qui était le con qui voulait me voir mourir d'une crise cardiaque si jeune ? Je tentai de me calmer et essuyai mes joues trempées de larmes. Ce que je vis par le judas me cloua sur place. Je laissai tomber ma fourchette en me traitant intérieurement de crétin, et déverrouillai la porte. Il était là. Sur le seuil. Il me regardait avec un sourire gêné. C'était à peine croyable. Je résistai à la tentation de me pincer et restai là les bras ballants. Ses mains serraient fermement les anses de deux gros sacs de voyage pleins à craquer. Il revenait. Enfin, il rentrait à la maison.

"Je peux entrer ?"

Je m'écartai pour le laisser passer. Bien sûr qu'il pouvait entrer, c'était encore chez lui ici.

"Harry... ?
- ...
- Je crois que... Je crois que je t'aime toujours. Je crois que je ne peux pas vivre sans toi. Est-ce que tu veux bien que je revienne ? Dis oui, s'il te plait, parce que... parce que je ne sais plus où aller. Quand tu n'es pas là, je ne me sens pas chez moi. Et j'ai besoin de toi. J'ai besoin de nous. Malgré tout ce que tu m'as fait, je crois que je n'arriverai jamais à tourner la page...
- ...
- Tu veux toujours de moi ?"

Ce n'était pas à moi de décider de le reprendre. Il voulait de moi, il acceptait de passer outre mes erreurs, il acceptait d'essayer de me pardonner, et c'était la plus belle chose qu'il ait pu m'offrir. J'ouvris mes bras, et il s'y blottit. C'était fini. On allait pouvoir tout recommencer. Et en mieux, cette fois-ci.



Et voilà ! J'espère que ça vous a plu ! Sachez que vous pouvez retrouver leur fiction de 15 chapitres "More Than This" sur le forum !
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